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Les nations sans Etat cherchent leur indépendance sur internet

« Des pays sans Etat bataillent pour l’obtention d’un nom de domaine internet « national »

Faute d’une indépendance politique réelle, plusieurs nations sans Etat ont vu ces derniers temps fleurir des initiatives d’indépendance virtuelle. Grand nombre d’associations d’Ecosse, Pays des Galles, Bretagne, Galice ou Flandre ont mis en place chacune dans son pays des dynamiques en faveur de la création d’une extension « nationale » des noms de domaine internet. L’extension, la dernière partie de l’adresse d’un site web, est en quelque sorte semblable à l’indicateur d’origine d’une plaque d’immatriculation d’un véhicule : elle permet de connaître la nature et la source du nom de domaine.

Si le « .fr » existe pour les pages web réalisées en France, le « .es » pour celles conçues en Espagne ou le « .uk » pour les pages britanniques, pourquoi pas une extension similaire pour les sites basques, écossais, gallois, bretons, galiciens ou flamands? Un groupe de militants catalans s’est posé cette même question il y a quelques années. Avec le soutien des institutions locales et des associations culturelles, ils ont constitué PuntCat, un comité de soutien pour la création d’une extension « .cat ». Rapidement un dossier a été constitué et remis à l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), l’entité responsable de la coordination du système de noms de domaine internet. Le 16 septembre 2005, l’ICANN acceptait la demande. La Catalogne devenait ainsi la première nation sans état en Europe à disposer de sa propre extension: « .cat »

Le succès est incontestable. Depuis la mise en place du « .cat » en début 2006, quelque 25000 sites utilisent à ce jour cette extension et une augmentation de 33% de l’utilisation de la langue catalane sur le Web a été observée. C’est sous l’inspiration de ce succès que des militants des extensions internet pour la Bretagne, la Galice et le Pays de Galles doivent se réunir dans dix jours à Saint-Jacques de Compostelle pour examiner la possibilité de rassembler les forces devant l’ICANN.

Succès des campagnes

« La mise en place d’une dynamique de ce genre et la constitution d’un dossier est un travail énorme; il y a beaucoup de marches à monter et cela exige du temps et de l’argent », explique Mikael Bodlore-Penlaez, responsable de l’association bretonne PointBzh qui bataille pour que ce territoire dispose de sa propre extension Internet dédiée à sa langue et sa culture. « Nous avons constitué un comité qui sera chargé de réaliser une étude de faisabilité de l’extension « .bzh », pour voir si la démarche est économiquement viable ». Ayant pris connaissance de l’existence d’autres initiatives similaires, le pas était logique. « Pourquoi ne pas travailler ensemble? »

Les campagnes en Bretagne, Galice et Pays de Galles ont toutes connu un franc succès. Près de 15 000 signatures ont été rassemblées par la campagne bretonne et des institutions telles que le Conseil régional ou le département de la Loire-Atlantique ainsi que des élus de tout bord soutiennent sans ambages la campagne, « du PS à l’UMP en passant par les régionalistes ». En Galice, l’appui politique est également large et même le Parti Populaire, assez allergique quant il s’agit de questions identitaires, a porté son soutien à la campagne PuntoGal. D’ailleurs, le PPétait opposé à la dynamique catalane PunCat. Enfin, au Pays de Galles tous les partis présents au Parlement soutiennent le « .cym ». Le ministère britannique du Commerce et de l’Industrie a même déclaré qu’il ne voyait pas de raison pour s’opposer à la mise en place d’une telle extension.

Au Pays Basque, cependant, les initiatives n’ont toujours pas fructifié. Il y a eu des essais pour mettre en place une dynamique en faveur de l’extension « .eh » (Euskal Herria), mais la dynamique est tombée à l’eau. Aujourd’hui, cette extension de nom de domaine appartient au Sahara Occidental.

En 2006, à la suite de la concession de l’extension « .cat » par l’ICANN, des internautes basques ont tenté de ressusciter le débat en proposant l’extension « .eus », mais leur réflexion a naufragé dans l’océan des blogs. « C’est dommage car un dossier basque pourrait compter sans doute avec le soutien du gouvernement d’Euskadi. Les Catalans ont eu eux aussi ce soutien de la part de leur gouvernement », évoque Mikael Bodlore-Penlaez tout en regrettant que la Région de la Bretagne n’ait pas le poids institutionnel des exécutifs autonomes ibériques.

Les Bretons, les Gallois et les Galiciens sont décidés à mener leur projet à bout. Peut-être que s’ils réussissent, d’autres prendront le relais au Pays Basque pour le « .eus ».

Les sites de Bizkaia profitent du domaine business

Alors que les démarches « .eh » et « .eus » sont tombées dans l’oubli, certaines sociétés et institutions de Bizkaia ont décidé de profiter du hasard pour enregistrer leurs domaines avec une extension géographique. En effet, en 2001 les organismes gérant internet ont lancé de nouvelles extensions de nom de domaine, dont le « .biz », en théorie réservé aux entreprises (biz de business). Dès le lancement de cette extension, grand nombre de sociétés se sont empressées d’enregistrer leurs sites avec cette nouvelle immatriculation hasardeuse.

C’est le cas du quotidien conservateur El Correo qui a enregistré www.elcorreo.biz. L’adresse de ce journal est toujours celle qu’il avait avant 2001, mais en tapant le nouveau domaine on tombe sur le site principal.

Les institutions bizkaitar ont elles aussi réagi assez vite au lancement du « .biz ». La diputacion forale de Bizkaia, par exemple, n’a pas tardé à enregistrer www.bizkaia.biz, mais à ce jour ce domaine n’est pas utilisé. D’autres domaines qui pourraient intéresser des organisations de la province sont en vente. Tel est le cas de www. athletic.biz qui pourrait intéresser le club de football de Bilbao. Ou le cas des communes, dont les domaines « .biz » ont été enregistrés par des particuliers.  »

Source Euskalherria.com