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Une marque accentuée doit-elle déposer un nouveau nom de domaine ?

Par Damien Kindermans, fondateur de Pollen 42, avec Sabine Maréchal , 21/05/2012

Une petite (r)évolution va avoir lieu dans le nommage des noms de domaine géré par l’AFNIC. En effet, l’Association Française pour le Nommage Internet en Coopération a annoncé que les domaines en .fr pourront comporter des accents. En réalité, ce sont 30 nouveaux caractères qui seront disponibles sous les TLDs (suffixes type .fr, .re, etc.).

On y retrouve les lettres accentuées de la langue française comme les é, è, ê, à, mais aussi les œ et æ, et plus exotique le ß allemand ! Nombreux sont les internautes à protester contre la « pompe à fric », voire à l’insidieux « chantage » que représente cette ouverture. Passons outre ces considérations financières qui, si elles ne sont pas anodines, ne remettront pas en cause l’ouverture des noms de domaines à ces 30 nouveaux caractères. Si d’un point de vue technique, il n’y a pas de problématique particulière, des IDNs (caractères acceptés) de ce type sont déjà disponibles depuis plusieurs années pour d’autres extensions, la question se pose d’un point de vue marketing et communication.

1995 : Une url de marque n’a pas d’accent.
Dès l’ouverture d’Internet au grand public, les marques se sont emparées, plus ou moins rapidement, de ce nouveau medium, et des pure-players ont fait leur apparition. Des marques homonymes ont du lutter pour obtenir, suivant la règle premier arrivé/premier servi, l’url correspond à leur marque ou à défaut, la plus proche de leur nom déposé
La problématique de diffusion de cette marque digitale, adresse de leur site, de leur service, de leur boutique, etc. est alors devenue un véritable casse-tête !

On évoque bien souvent la difficulté qu’on les internautes à retenir un nom de domaine. D’un point de vue phonétique, nous sommes typiquement dans le domaine bien connu de l’impact et de la mémorisation.

Que dire alors de son écriture ? Les spots publicitaires radio dans lesquels l’url du site est épelée sont légions. Rappelons-nous les « OO » se prononçant [ou], les « KEL », mais aussi les « U » pour « you ». Autant de casse-têtes qu’il a fallu résoudre pour les professionnels de la communication.

URL accentuée : qu’est-que cela va changer pour les internautes ?

Je prends souvent ma jeune mère de 65 ans pour exemple. Quand elle s’est mise à Internet, j’ai du lui expliquer qu’un nom de domaine ne prenait pas d’accent. Nestlé en nom de domaine, c’est www.nestle.fr, ce qui pour elle était « bizarre ». Passé l’alibi technique, le fait que Internet est une « invention » américaine, langue dans laquelle les accents sont absents, je ne peux que comprendre qu’il a été difficile pour elle de ne pas écrire les urls de marque avec une bonne « orthographe ». Elle s’y est fait, surtout que comme presque tout le monde, elle tape en vrac, sans soucier des 3W et du .fr, .com, .net, directement dans la page du moteur de recherche, qui lui propose simplement de cliquer pour accéder au site voulu.

Maintenant, je vais lui annoncer qu’elle peut saisir un des 30 caractères accentués (et d’autres). Bon je suis bien conscient qu’avant de trouver comment taper le « o e dans l’o » de œuf ou de cœur, il va se passer quelques appels téléphoniques ! (Et vous, cher lecteur savez-vous comment on fait sans passer par le correcteur orthographique ?)

Protéger ses marques

En tant qu’agence, nous insistons auprès de nos clients pour qu’ils déposent marques, modèles et logos. Ce sont des actifs immatériels de l’entreprise. Il serait dommageable de devoir recourir à des procédures juridiques pour un nom de domaine déposé par un autre. Je ne parle pas du risque de cybersquatting, c’est à dire l’achat du nom de domaine par une tierce personne. A ce sujet, les expériences passées montrent qu’il n’est hélas pas rare de se faire « piquer » des adresses avec tout oui partie de son nom déposé. Même si les mécanismes de protection des marques mis en place par l’AFNIC s’appliquent également à ces nouveaux noms de domaines, il faut rappeler que de nombreuses marques et sociétés ont des homonymes, donc les protections ne s’appliquent que pour un secteur donné ou sont déposées uniquement dans certaines classes INPI. Il n’y a donc pas le choix : les marques vont devoir investir pour déposer le maximum de noms de domaine avec lettres accentuées et autres caractères spéciaux.

Mais s’il s’agit bien d’abord d’une contrainte, on peut aussi y voir un avantage en terme de localisation renforcée…

Enonçons une lapalissade : les accents sont une des particularités d’une langue, et diffèrent grandement d’une langue à une autre. Pour les pays européens, la lecture d’une marque restera aisée, quoique certains caractères allemands ou suédois vont nous poser des soucis. Mais demain, comment allons nous faire avec les idéogrammes chinois ou japonais, l’alphabet cyrillique, ou l’écriture arabe ?

Cette constatation, nous amène donc à prendre compte que cette acceptation de particularisme linguistique dans les noms de domaine, tend vers une localisation accrue. Or cette localisation est recherchée par les marques. Si depuis plusieurs années, les agences de communication pensent « global », nous sommes ici dans la mise en place d’actions « locales », y compris au niveau des sites Internet. L’apparition des lettres accentuées dans les urls va sans doute permettre une meilleure localisation des sites, de permettre une plus grande créativité dans la recherche de noms d’opérations marketing, etc.

En conclusion…

Comme au temps de l’ouverture des premiers noms de domaine, nous sommes dans le premier arrivé/premier servi. Il ne faut donc pas trainer ! De plus, rappelons à toutes fins utiles que l’Internet « civil » n’a pas 20 ans, et donc, que personne ne saurait prédire les usages futurs. Pour quelques dizaines, voire centaines d’Euros par an, il serait donc dommage de ne pas déposer de nouveaux noms de domaines, pour mieux de protéger ses marques.

source: ecommercemag.fr