Les craintes étaient justifiées. La justice a cédé. Le tribunal de grande instance de Paris a ordonné, vendredi 6 août, aux fournisseurs d’accès à Internet (FAI) de bloquer l’accès aux sites de jeux illégaux. Le filtrage du web commence.

Orange, SFR, Bouygues, Free, Numéricable, Auchan et Darty doivent ainsi tout mettre en Å“uvre pour empêcher les internautes français d’accéder aux sites de jeux contraires à la législation. Une décision qui dépasse de loin les intérêts de sites de jeux en ligne, et ouvre la voie à un filtrage généralisé d’Internet.

Le filtrage des sites de jeux passera par « le blocage du nom de domaine, de l’adresse IP, de l’URL, ou par analyse du contenu des messages ». « C’est la décision la plus violente, la plus totale, la plus tranchée qui pouvait être prise », pointe Jérémie Zimmermann, porte-parole et cofondateur de la Quadrature du net, interrogé par Nouvelobs.com.


Les mêmes méthodes que le gouvernement chinois

« Le problème », poursuit-il, « c’est le filtrage collatéral« . En effet, lorsque l’on filtre l’adresse IP d’un serveur où est hébergé un site de jeux, alors on filtre tous les sites hébergés sur ce serveur. « Bloquer une IP peut bloquer jusqu’à 100 sites liés, des sites qui peuvent être tenus par des dissidents iraniens », souligne le porte-parole de la Quadrature.

L’autre point important concerne l’autorisation dufiltra filtrage par inspection profonde des paquets (Deep packet inspection ou DPI). « Les opérateurs peuvent désormais regarder à l’intérieur des paquets qui transitent sur leur réseau afin d’autoriser ou non la transmission d’informations », explique Jérémie Zimmermann. « C’est une méthode hautement intrusive qu’utilise le gouvernement chinois pour censurer Internet, et cela pose de nombreuses questions quant à la protection des communications privées. »

Mais, la principale crainte de la Quadrature du net est « la généralisation qui suivra cette décision ». « Une fois que la structure sera en place, il sera très facile d’élargir le filtrage« , prévient Jérémie Zimmermann. « Aujourd’hui, ce sont les sites de jeux illégaux, demain les contenus pédopornographiques [comme le prévoit la loi Loppsi, NDLR]. La prochaine étape sera les contrefaçons de cigarettes, les insultes au président de la République, les insultes aux Auvergnats… C’est le début de la censure sur Internet », s’élève le jeune homme.


L’ombre de l’Hadopi plane

Il semblerait que le gouvernement soit très impliqué dans cette généralisation du filtrage du web. S’il s’agit de la première décision en ce sens, le filtrage est évoqué depuis de nombreux mois, avec à chaque fois l’Hadopi en arrière-plan.

En début d’année, Nicolas Sarkozy avait avancé son souhait de « déployer une stratégie globale » pour lutter contre le téléchargement illégal, appelant à « expérimenter sans délai les dispositifs de filtrage » pour « dépolluer les réseaux ». Le texte de loi de l’Hadopi prévoit d’ailleurs que la Haute autorité « Ã©value les expérimentations conduites dans le domaine des technologies de reconnaissance des contenus et de filtrage par les concepteurs de ces technologies » afin de lutter contre le téléchargement.

Une volonté qui se retrouve enfin dans les consignes de l’Hadopi pour développer le logiciel de sécurisation des accès Internet : « Le module d’analyse [doit] inspecter dynamiquement le contenu entrant et sortant du trafic sur les interfaces du réseau de la machine de l’utilisateur ».

Instaurer un filtrage pour lutter contre la violation du droit d’auteur, au détriment de la liberté d’expression… « Une idée curieuse et préoccupante », lance Jérémie Zimmermann.

Source: NouvelObs




L’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN) a profité de la conférence Black Hat pour annoncer qu’elle a achevé le déploiement du protocole Domain Name System Security Extensions (DNSSEC) sur l’ensemble des serveurs de noms situé à la racine d’Internet.

Avec  DNSSEC, l’ICANN entend protéger la sécurité du système de noms de domaines. DNSSEC combine le protocole DNS avec l’usage de la cryptographie à clé publique afin d’assurer la validité des adresses retournées par les serveurs root et de prévenir la redirection des usagers du réseau vers des sites web maicieux. Typiquement l’objectif de DNSSEC et de prémunir le système de nommage de tout tentative d’empoisonnement, mais aussi d’attaques de type « man in the middle », où un tiers s’insère frauduleusement entre le requérant et le serveur de nom racine.

Les serveurs racines des principaux top domains Internet (.com, .net, .org…) ainsi que le .uk sont déjà signés avec DNSSEC. Selon l’AFNIC, l’association qui gère le nommage en France, le .fr et le .re de la Réunion basculeront le 14 septembre prochain.

Il est à noter que l’annonce de la mise en oeuvre de DNSSEC par l’ICANN intervient deux ans après que Dan Kaminsky, un chercheur en sécurité, ait dévoilé un important risque d’empoisonnement de cache DNS lors d’une présentation à Black Hat 2008.

Source: MagIT